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Bernard Mazo

« Dans l’insomnie de la mémoire »

Le recueil de Bernard Mazo, « Dans l’insomnie de la mémoire » , a paru chez Voix d’encre éd. avec des lavis de Hamid Tibouchi. Queques-uns des poèmes rassemblés ici avaient paru dans le numéro 3 de la revue Phoenix qui lui consacrait récemment un dossier.
Notre ami nous a quittés le 7 juillet 2012.


Si « la poésie vit d’insomnie perpétuelle », ainsi que le prétend Char, la mémoire qui ne trouve pas le sommeil, elle aussi nourrit le poème, notamment d’une infinie mélancolie. Celui-ci prend alors la forme d’une « cicatrice », et l’œuvre de Bernard Mazo en compte de nombreuses. Toujours « désespérément / adossé / au temps qui passe », son dernier recueil, « Dans l’insomnie de la mémoire » , en témoigne. Le torrent des jours y devient « le terrier des jours » et la « parole si peu assurée d’elle-même » du poète nous dit volontiers « seuls au cœur des choses mortes ». Le mot froid, récurrent, remplace celui d’exil, fréquemment rencontré dans les précédents recueils.

Ce moi toujours vivant...

Certes, la poésie de Bernard Mazo questionne une fois encore « l’énigme / des commencements / cette énigme / qui pèse sans fin / sur nos vies / approximatives ». Certes elle procède du « versant le plus obscur » des choses et de nous-mêmes ; mais elle répète et cristallise surtout, de façon toujours concise, une désespérance – ou plutôt, une absence d’espérance métaphysique – qui traverse l’œuvre et s’affirme ici plus que jamais.

« Il y a toujours
Quelque part
Quelqu’un
Que la vie a abandonné
Sur le bord du chemin
Et qui n’attend plus rien
Que le grand froid
De la mort promise »

Ce froid est encore omniprésent dans le dernier poème s’étonnant de ce « moi toujours vivant / obstinément vivant / dans le grand froid / de la vie écartelée… » Et l’écriture simple, lapidaire, de Bernard Mazo, ne fait que le rendre plus prégnant.
Le face-à-face avec « la beauté désespérée du monde » demeure un leitmotiv d’un recueil où se vit douloureusement le déchirement entre « la vie qui bat là-bas », dans un lointain inaccessible, et, ici, « le poids des choses / le poids des jours / dans les greniers / de la mémoire ».
Reste le recours à la poésie, encore salvateur même si le poète parle d’« une vie / que je ne parviens plus / à retenir / à travers mes mots ». Car même si elle ne permet guère de rien tenir, ni retenir, du sable des jours, elle offre le privilège humain du partage, et Bernard Mazo ne l’oublie pas, qui se réjouit : « Ma parole / est faite / de l’infini / bruissement / de toutes / les autres. »

Michel Baglin


« Dans l’insomnie de la mémoire ». Voix d’encre éd. Non paginé. 19 euros




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Le décès de Bernard Mazo

Les chroniques de Bernard Mazo



lundi 5 décembre 2011, par Michel Baglin

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Revue « Phoenix » : un dossier Bernard Mazo

La revue « Phoenix » (voir ici ), qui a succédé à « Sud » et « Autre Sud » en cette année 2011, ouvre sa troisième livraison avec notre ami Bernard Mazo. Jean Poncet est le maître d’œuvre de ce dossier qu’il introduit en rappelant sa rencontre ruthénoise (au temps de Jean Digot et des rencontres de Rodez) et la place que la guerre d’Algérie tient dans une œuvre « toute de questionnement au service de l’homme et de la justice qui lui est due ». Après une série d’inédits, Jean Orizet conduit un riche entretien où, entre autres desseins de la poésie, Bernard Mazo distingue celui qui tend à « figer ces choses éphémères et le temps qui passe, en leur opposant ce fin goût d’éternité que laisse sourdre dans son sillage un poème inspiré. »
Jacques Ancet parle de « l’intensité discrète, insinuante » de ses livres marqués par l’impossible coïncidence avec le monde. Au-delà de la sémantique, Lionel Ray interroge le dispositif formel des poèmes et Max Alhau montre tout ce que la poésie de Bernard Mazo doit au sentiment tragique de la vie, une voix « poignante et nue » que Jacques Lovichi replace « dans l’infini bruissement du temps » tandis que A. Kaouah salue son continuel dialogue avec le Maghreb.

(Le numéro 3, 16 €. Abonnement 1 an : 50 €. Phoenix. 4 rue Fénelon. 13006 Marseille. Courriel : revuephoenix@yahoo.fr )

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