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Il vient de nous quitter

Jean-Lucien Aguié, l’éternel débutant

Animateur d’ARPO et des Journées de Tarn-en-Poésie

Jean-Lucien Aguié nous a quittés le 4 avril dernier, dans sa 96e année. Il n’avait publié qu’un recueil, « Face au monde à l’envers » (PJ Oswald, 1977), des poèmes et une nouvelle en revue, ainsi qu’un livre de souvenir, « Le Débutant » ; mais il fut l’infatigable animateur d’ARPO, avec son Bulletin de Liaison, la création du Conservatoire des Revues de Poésie et les Journées de Tarn-en-Poésie.
Georges Cathalo lui rend hommage.



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Jean-Lucien Aguié (assis), avec, de g à d, Henri Heurtebise, Adonis, Gérard Cathala et Michèle Gros.

C’est en 2006 que Jean-Lucien Aguié a fait paraître « Le Débutant » , un livre de souvenirs dans lequel il raconte en détail ses débuts d’instituteur à Barre, village isolé aux confins du Tarn et de l’Aveyron. Débutant, Aguié l’aura été tout au long de sa longue existence, porté sans cesse par une curiosité insatiable. Quasiment centenaire, il conservait toujours son côté frondeur et franc-tireur, entreprenant et enthousiaste. En dépit des épreuves et des malheurs affrontés, il allait de l’avant : « Mes compagnons un à un / ont roulé dans l’abîme / ce n’est pas une raison pour retourner sur nos pas / je dois aller jusqu’au bout ». Et jusqu’au bout de ses forces, il y aura été à travers en particulier ce qui restera « le grand oeuvre » de sa vie : ARPO.
Cette association culturelle qu’il a créée en 1982 avec Gérard Cathala, il la développera au fil des ans avec une volonté hors du commun. Rien, au départ, n’était gagné et il aura fallu à Jean-Lucien un sacré culot pour se lancer dans une telle entreprise. En 30 années d’existence, l’association ARPO est passée par plusieurs phases qui l’ont vu grandir, évoluer, se transformer en prenant une place de plus en plus prépondérante sur la carte de la poésie contemporaine autour de trois grands axes : la publication du Bulletin de Liaison d’ARPO, la création du Conservatoire des Revues de Poésie et les Journées de Tarn-en-Poésie.

Volonté fédératrice

Si l’on observe de près l’ensemble des bulletins édités depuis 1988, c’est plus de 1000 pages que J.L. Aguié a copieusement garnies en plus de 20 ans. Il ouvrait toujours chaque livraison par un éditorial vigoureux qu’il nommait pour la circonstance : Le mot d’ ARPO. On y décèle toujours une volonté farouche de tenir le cap en bon capitaine de navire, à travers des périodes tourmentées et des périodes de calme plat. Il y organisait les rubriques avec un soin méticuleux mais aussi avec le souci constant de donner à lire le plus possible d’informations, de lettres des adhérents, de dates de manifestations et de signalements de publications. Le point commun à toutes ces communications a toujours été de ne rejeter personne et de rester fidèle à une volonté fédératrice qui s’est développée sans exclusive, témoignage vivant d’une grande tolérance et d’une rare ouverture d’esprit. Lucien n’a jamais cessé de le répéter : le Bulletin n’est pas une revue. C’est juste un modeste organe littéraire qui doit servir à fédérer les forces vives des revuistes et de ceux qui s’intéressent à ce phénomène littéraire si riche et si singulier auquel il aura consacré une large partie de son existence : la revue de poésie.

Le Conservatoire des revues de poésie

Aidé par quelques fidèles, il a porté à bout de bras un projet utopique qui en a intrigué plus d’un et qu’il a su concrétiser à force d’entêtement, d’obstination et de vigueur créatrice : la création de quelque chose d’exceptionnel et de quasiment unique dans toute la francophonie à savoir un Conservatoire des revues de poésie. Ce qui semblait impossible à réaliser est devenu au fil des ans un formidable outil au service de tous, bibliothèque unique en son genre et qui ne demande qu’à perdurer et à se développer, ce qui ne manquera pas de se faire grâce au dévouement des membres fondateurs regroupés autour de Gérard Cathala.
Quant aux célèbres journées de Tarn-en-Poésie, elles sont un modèle du genre en alliant professionnalisme et convivialité. En 30 ans, elles ont accueilli les plus grands noms de la poésie contemporaine ; citons-en quelques-uns : Andrée Chédid, Léopold Sedar Senghor, Eugène Guillevic, Guy Goffette, Charles Juliet, Jean Rousselot, Adonis, Vénus Khoury-Ghata, Kenneth White,... Ces Journées ont permis de fructueuses rencontres avec des collégiens et des lycéens mais aussi avec un abondant public surpris par la qualité et par la diversité des auteurs accueillis. De plus, ce fut l’occasion pour les revues invitées de mieux se faire connaître à travers les compte-rendus qu’elles ont effectués.

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Avec Vénus Khoury-Ghata.

En artisan humble et patient, Aguié a bâti là un édifice imposant, une sorte de Tour de Babel dévouée aux revues de poésie ainsi qu’à tout ce qui gravite autour d’elles, de la poésie ainsi que des valeurs d’échange, de convivialité ou d’altruisme. Dans Face au monde à l’envers, son unique recueil de poèmes paru en 1977, Jean-Lucien écrivait : « que chacun prenne de moi / ce qui lui revient ». Alors oui, ne nous gênons pas et servons-nous pour que perdurent exigence et tolérance, opiniâtreté et rectitude morale. Allez, suivons l’exemple de l’éternel débutant, en commençant comme lui par dire haut et fort : « Avançons, macarel de macarel ! ».

Georges Cathalo. 4 avril 2012



lundi 21 mai 2012, par Georges Cathalo

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