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Gérard Bayo

« La gare de Voncq »

Une lecture de Lucien Wasselin



Le titre du dernier recueil de Gérard Bayo fait irrésistiblement penser à Arthur Rimbaud : la gare de Voncq fut empruntée à plusieurs reprises par le poète pour se rendre à Roche ou quitter ce village situé de l’autre côté de la rivière, par rapport à Voncq. C’est de cette gare qu’il repartit le 23 août 1891 pour son ultime voyage qui le mena à l’hôpital de la Conception à Marseille où il décéda le 10 novembre.
Le premier poème de la plaquette est intitulé 29 OCTOBRE. De quelle année ? Ce 29 octobre fait-il partie des derniers jours de Rimbaud ? Ou d’un voyage de Gérard Bayo dont on sait qu’il est un fervent rimbaldien ? Hasard objectif : une sculpture d’Eric Sléziak, intitulée L’Homme aux semelles de vent, maintient vivant le souvenir de Rimbaud devant la gare de Voncq...
Comme dans toutes les gares, il y a une salle d’attente. « De la vraie vie », ajoute Bayo... Et ses poèmes parlent non seulement de Voncq, mais aussi de Rully/Aisne, de Méry, de Sainte-Vaubourg, Chuffily-Roche, Semuy... Gérard Bayo arpente ces lieux à la recherche de quoi ? Mais ses poèmes parlent encore de lieux situés en dehors des Ardennes posant au lecteur bien des questions. Que viennent en effet faire dans ce recueil Dalon, Excideuil ou Thiais et son cimetière ?
Bayo semble être à la recherche du mystère de la poésie de Rimbaud : Dalon fait référence à l’abbaye cistercienne sise sur le territoire du village de Sainte-Trie appartenant au canton d’Excideuil, abbaye où se retirèrent Bertrand de Born, Bernard de Ventadour et sans doute Arnaut Daniel... A la recherche de quel silence qui serait lié à la poésie ? Silence auquel fait écho ce bref poème « 5682 PHOTOS // sur le mur »  ? Et le cimetière de Thiais, le cimetière des pauvres, dans lequel furent inhumées les 57 victimes parisiennes de la canicule de 2003 ? Quel rapport avec la mort anonyme ? Autant de questions auxquelles le lecteur vigilant trouvera peut-être une réponse dans l’énumération de noms de personnes qui traversent comme une litanie l’ensemble du livre : Jawlensky, Soutine, Icek Lehman, Zyndel Weismark, comme autant d’échos à la mort, à la disparition. Comme si Gérard Bayo ne se remettait pas de la disparition de Rimbaud et interrogeait sans cesse le réel et la vie...
« Pour mieux tirer les morts de là où ils sont » ? Comme dit Paul Mathieu présentant « La gare de Voncq »...

Lucien Wasselin



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dimanche 13 mai 2012, par Lucien Wasselin

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Gérard Bayo
« La gare de Voncq »


L’Arbre à paroles
66 pages, 8€



Gérard Bayo

Gérard Bayo, né à Bordeaux en 1936. A publié une vingtaine de recueils de poèmes et plusieurs essais sur l’œuvre d’Arthur Rimbaud.



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