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Georges-Emmanuel Clancier

Un homme d’humilité et de ferveur

Georges-Emmanuel Clancier, qui dit envisager la poésie « comme éveil perpétuel », a une œuvre très abondante. Mais il est vrai que cet homme d’une grande gentillesse, qui fut l’ami de Max-Pol Fouchet, de Frénaud, de Guillevic, de Seghers, etc. est entré dans sa 95 e année !
Il serait dommage de s’en tenir à sa fameuse suite romanesque du Pain noir, car il a également produit une œuvre poétique très riche et écrit plusieurs ouvrages de critiques et des études sur des poètes. A découvrir dans ce dossier de Texture.

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Georges-Emmanuel Clancier, photographié par Jean-Pol Stercq

Le grand public connaît Georges-Emmanuel Clancier notamment à travers sa suite romanesque du Pain noir adaptée pour la télévision. Mais le romancier et le critique ne sauraient faire oublier le poète, aujourd’hui âgé de 99 ans, compagnon de Max-Pol Fouchet (il fut le correspondant en métropole de la revue Fontaine pendant l’Occupation), de Seghers, Cassou, Frénaud, Guillevic, Claude Roy, etc. en des temps où la poésie eut à affirmer sa clarté de parole libre contre l’injustice, l’humiliation et l’horreur.
Un choix éthique et esthétique qu’il n’a cessé d’assumer et de prolonger tout au long de ses recueils, du "Paysan céleste" (1943) à "L’Autre ville" (Rougerie, 1995), en passant par "Journal parlé" (Rougerie, 1945), "Une voix" (Gallimard, 1956), "Le Poème hanté" (Gallimard, 1982) ou "Passagers du temps" (Gallimard, 1992).
« Élevé hors de tout dogme religieux mais point de l’émerveillement, ou du fantastique (...), la poésie me parut la seule oraison - sans destination divine - le seul chant sacré permis à l’homme moderne, et sans lequel celui-ci était condamné à perdre son existence et son humanité », écrit-il.
Un homme d’humanité, d’humilité et de ferveur, un poète qui voudrait, selon le vœu de Rimbaud, que la poésie sache « changer la vie », et qui a toujours assuré à son poème une prise sur le réel.

A propos de "Contre-chants" (Gallimard)

C’est comme s’il y avait chez Georges-Emmanuel Clancier deux sources à la poésie : l’une chante la merveille bucolique, l’ « espace ivre » de l’éternel enfant, la sensualité et l’étonnement d’être au monde, « jusqu’en la nuit le trait matinal » ; l’autre est un rappel constant aux désordres de l’histoire, un contre-chant que déroulent les larmes et le sang des hommes. Ainsi, dans le même vers : « Bel été. Soudain flambent les Oradour. » Ailleurs : « Les murs, tous, n’étaient-ils pas tombés ? / Allez ! Chantons, buvons : Dansez sur les ruines / du long rêve mauvais / et rions au réel, rions ! / Mais cette ombre ici soudain, ce vent / obscur, ce gel. / Mais ailleurs ce tracé de sang... »
Clancier n’a rien oublié de sa jeunesse, ni son élan, ni les écueils où s’est meurtri l’espoir ; ni son pays du Limousin, ni la tragédie de la Guerre d’Espagne et plus tard celle de ses compagnons de résistance. Mais on ne lit pas ici de désillusion : car de ces deux mondes, (ou de ces deux voix), l’un n’a pas annulé l’autre ; ils continuent en parallèle de coexister. Sans commune mesure possible, sinon le regard de l’homme. D’où cette impression d’une permanence (« ma voix d’autrefois la même qu’aujourd’hui ») sous les yeux du « guetteur »..
Pas de parti pris de la nature ou des hommes, mais des poèmes qui disent en alternance la belle indifférence de l’une et l’empêtrement des autres dans leurs contradictions sanglantes. Et c’est avec beaucoup de retenue que Georges-Emmanuel Clancier sait évoquer la traversée d’un siècle douloureux par le chant et le déchant. Un peu à la façon de ce réfugié espagnol sur la frontière : « Sur les crêtes / l’évadé / écoute / signe inverse / un chant de coq / en Catalogne. »

Un roman, "La Dernière Heure"


Parmi les romans de Georges-Emmanuel Clancier, Gallimard a réédité en 2003 "La Dernière Heure" , roman publié en 1951 et écrit durant les années qui suivirent la Libération. Une période de crise et de doute pour les personnages multiples qui, chacun à sa manière, offrent un éclairage particulier de cette « dernière heure interminable d’un monde » avant le tournant du siècle.
Entre la « Caserne », où s’entassent les laissés-pour-compte du progrès, et le chantier de « l’Usine » que construit un jeune patron dont l’ambition est d’absorber les autres industries de porcelaine de la ville, des ouvriers, des journalistes, des artistes, des filles plus ou moins perdues, des militants, des bourgeois bornés et des intellectuels désabusés se croisent, s’affrontent et s’arrangent comme ils peuvent des bouleversements d’une époque dont G-E Clancier témoigne avec force des peurs et des espoirs qu’elle suscita, des valeurs qu’elle bouleversa (on y trouve notamment un beau portrait d’un vieil artisan dont le machinisme condamne l’art de vivre et de travailler).
Avec, en sourdine mais conférant au roman sa dimension pathétique, les enjeux de l’amour, de la liberté, de l’ambition et de la solitude qui ne cessent d’y mener leurs débats.

Michel Baglin


jeudi 9 mars 2006, par Michel Baglin

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Ses dates

Georges-Emmanuel Clancier est né à Limoges le 3 mai 1914 dans une famille d’artisans et d’ouvriers porcelainiers. Il découvre très jeune la poésie dont il dit : « La poésie (...) a le pouvoir sinon de « changer la vie », du moins de la transfigurer en captant et en révélant ses plus profondes résonances. » Dès 1933, il collabore à des revues, dont Les Cahiers du Sud. Il poursuit des études de Lettres à Poitiers puis à Toulouse, rencontre Joë Bousquet. Il se liera ensuite avec Max-Pol Fouchet, Raymond Queneau, Michel Leiris, Claude Roy, Pierre Seghers, Loys Masson, Pierre Emmanuel.
À la Libération Georges-Emmanuel Clancier devient journaliste au Populaire du Centre. Avec l’éditeur René Rougerie, il fonde une revue puis dirige une collection. Mais en 1955, il s’installe à Paris pour être secrétaire général des comités de programmation de la RTF, puis de l’ORTF, jusqu’en 1970.
Il inaugure sa suite romanesque "Le Pain noir" en 1956. Le Grand Prix de littérature de l’Académie française lui est décerné en 1971. Président du Pen club français (1976 à 1979) il a défendu des écrivains menacés, détenus, déportés, exilés. En 1980 il fut vice-président de la commission française pour l’UNESCO.

Ses livres

Georges-Emmanuel Clancier envisage la poésie comme « éveil perpétuel ». Son œuvre poétique est abondante. Elle comprend :

Temps des héros, Cahiers de l’École de Rochefort, 1943.
Le Paysan céleste, Robert Laffont, 1943.
Journal parlé, Rougerie, 1949.
Terre secrète, Seghers, 1951.
L’Autre rive, Rougerie, 1952.
Vrai visage, Seghers, 1953 ;
Une Voix, Gallimard (Prix Artaud 1957).
Évidences, Mercure de France, 1960.
Terres de Mémoire, Robert Laffont, 1965.
Le Siècle et l’espace, Marc Pessein, 1970.
Peut-être une demeure, précédé d’ Écriture des jours, Gallimard, 1972.
Le Voyage analogique, Jean Briance, 1976.
Oscillante parole, Gallimard, 1978.
Mots de l’Aspre, Georges Badin, 1980.
Le Poème hanté, Gallimard, 1983.
Le Paysan céleste, suivi de Chansons sur porcelaine, Notre temps, Écriture des jours, préface de Pierre Gascar, Poésie Gallimard, 1984.
L’Orée, Euroeditor, 1987.
Tentative d’un cadastre amoureux, Écrits des Forges, 1989.
Passagers du temps, Gallimard, 1991.
Contre-Chants, Gallimard, 2001.
Terres de mémoire suivi de Vrai visage, La Table Ronde, 2003,.
Le Paysan céleste - Notre part d’or et d’ombre (poèmes 1950-2000), préface d’André Dhôtel, Poésie/Gallimard, 2008.
Vive fut l’aventure
, Paris, Gallimard, 2008.

L’œuvre romanesque, elle, se compose de :

Quadrille sur la tour, Alger, Edmond Charlot, 1942 puis Mercure de France 1963
La couronne de vie, Edmond Charlot, 1946
Dernière heure, Gallimard, 1951 ; puis, 1999
Le Pain noir (I), Paris, Robert Laffont, 1956
La Fabrique du roi (II), Robert Laffont, 1957
Les Drapeaux de la ville (III), Robert Laffont, 1959
La Dernière saison (IV), Robert Laffont, 1961
Les Incertains, Paris, 1965 ;
L’Eternité plus un jour, Robert Laffont, 1969 ; La Table Ronde, 2005
La Halte dans l’été, Paris, Robert Laffont, 1976
Le Pain noir, La Fabrique du roi, Tome I, Les Drapeaux de la ville, La dernière saison, Tome II, Robert Laffont, 1991
L’Ombre sarrasine, Albin Michel, 1996

Georges-Emmanuel Clancier est aussi l’auteur de Nouvelles et de contes dont :
La Couleuvre du dimanche, Méditerranea, 1937
Le Parti des enfants, Les Œuvres libres n°137, Arthème Fayard, 1957
Le Baptême, Les Œuvres libres n° 156, Arthème Fayard, 1959
Les Arènes de Vérone, Robert Laffont, 1964
L’Enfant de neige, Casterman, 1978
L’Enfant qui prenait le vent, Casterman, 1984

Son œuvre autotiographique sous le titre Ces ombres qui m’éclairent comprend :

L’Enfant double, 1984 - L’Ecolier des rêves, 1986 -
Un Jeune Homme au secret, Albin Michel, 1989

Parmi les ouvrages critiques :
Un « Poètes d’aujourd’hui » consacré à André Frénaud, Seghers, 1953
Un Panorama critique de la poésie française de Rimbaud au surréalisme, Seghers, 1953
Un Panorama critique de la poésie française de Chénier à Baudelaire, Seghers, 1963
La Poésie et ses environs, Gallimard, 1973
Dans l’aventure du langage, PUF, 1987

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