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Jacqueline Saint-Jean

a lu « La Balade de l’Escargot »

A travers la première personne, nous entrons dans la conscience tourmentée du narrateur, architecte dont « la vie s’effiloche par tous les bouts », réfugié dans la double coquille de son camping-car et du silence. Très subtilement menée, l’intrigue diffuse ses révélations successives, sans artifices, avec un naturel confondant, imbrique les histoires les-unes dans les autres, tisse la toile des épreuves partagées.

Un titre qui surprend, atypique, un peu décalé, avec son air flâneur, inoffensif.
Mais qui active ses pouvoirs symboliques : un peu lunaire, un peu lent, l’escargot peut rester dans sa coquille, ou en sortir, il est fragile, on peut l’écraser, mais il a des antennes, annonce cycles et régénération possible. Il donne la couleur du personnage et du récit. Peut-être aussi refuse-t-il les accrochages et codages sanglants du genre ?
A travers la première personne, nous entrons dans la conscience tourmentée du narrateur, architecte dont « la vie s’effiloche par tous les bouts », réfugié dans la double coquille de son camping-car et du silence où sa vie s’est enfermée depuis les drames professionnels et familiaux qui le minent. En proie aux remous de mémoire, entre prostration et colère, solitude et besoin de l’autre, il s’enfonce dans une errance à travers les marges, dépôts désaffectés, hangars coupe gorges, canal boueux vidé, y rencontre des êtres à la dérive, abîmés par la vie, squatters, prostituées, skins, camés, parfois pris dans une spirale terrible de violence ou d’auto - destruction, mais aussi parfois toujours solidaires comme Mamadou.
C’est à travers ces rencontres humaines fortes qu’il pourra changer, sortir de lui-même, réagir, enquêter sur le viol de sa fille, commencer peut-être à renaître.
Très subtilement menée, l’intrigue diffuse ses révélations successives, sans artifices, avec un naturel confondant, imbrique les histoires les-unes dans les autres, tisse la toile des épreuves partagées. Portraits et dialogues sonnent très juste. Ainsi les vieux joueurs de belote, avec leurs rires, leur pain frotté d’ail, leurs bérets, leurs chicots… criants de vérité. Dès les premières pages, on sent ce regard de l’auteur, ouvert aux passants de la nuit perdus dans leurs mauvais rêves. Une attention aiguë au réel, bienveillante, parfois souriante, mais lucide.
Roman d’une émouvante humanité. Entre dérive et révolte, tendresse et violence, les liens humains retrouvent un peu de douceur, de fraternité. Seul le havre chaleureux du bistrot de Marinette luit comme un ilot nostalgique dans la détresse ambiante. Qu’il soit un peu suranné en dit long… Au-delà, le récit nous interroge aussi sur la normalité, l’adaptation à ce temps de prédateurs.
Mais sans illusion, car toutes les blessures ne se referment pas, comme en témoigne le final. La jungle est toujours là, et le malheur, qui engendrent le pire. Et n’importe qui peut s’y perdre. Rien ici de manichéen, les personnages oscillant peu ou prou du meilleur au pire.
Mais au détour d’un dialogue, d’un prénom (Floréal), d’un silence, d’un air de fête ou d’un paysage, une aura de nostalgie baigne le récit : « C’est poignant la mer » dit Sandrine. « Comme un grand regret ».
Comme un autre horizon, une autre vie possible…

Jacqueline Saint-Jean



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samedi 10 avril 2010

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Jacqueline Saint-Jean par Jacques Basse

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