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Patrice Angibaud

« Avant que ne se ferme le paysage »

Lectures de Jean-Noël Guéno & Georges Cathalo

S’il s’ouvre sur un « retour à l’arbre initial » (« que je retrouve en son silence / mon propre silence intérieur ») et ce clôt sur cette « Fermeture » que composent des poèmes nés de la confrontation à la maladie et à la perspective de la mort, ce mince recueil n’en est pas moins ouvert à la vie quotidienne et aux bonheurs des jours : « Plus que jamais je refuse ce qui détruit », lance l’auteur, qui affirme aussi : « Seuls comptent / Ton état d’esprit / Et le sens à donner / Au temps qui t’est accordé ». M.B.
J-N Guéno & Georges Cathalo nous en parlent ci-dessous.



Le titre donne le ton : l’avenir étant menacé, il est urgent de faire le point, d’éclairer le présent, de lui donner sens.

Dans « Retour à l’arbre initial », première partie du recueil, le poète quête sans nostalgie « la petite musique du passé / qui affleure / dans l’aujourd’hui ». Ainsi, la figure aimée du grand-père qui « connaissait tous les secrets / du labyrinthe des chemins » (métaphore de la vie) apparaît, lumineuse. N’est-il pas cet « arbre de l’enfance », ce guide qui permet de retrouver force et sérénité, même si la menace rôde ?

En effet, le quotidien où parfois « la branche (…) / murmure / de toutes ses feuilles / qu’aujourd’hui sera beau » est aussi témoin de notre fragilité : « un visage tout de jeunesse / s’efface (…) / dans le soupir brumeux des arbres ».
Pour garder « souffle », même si elle n’est pas remède, l’écriture est précieuse. Mais il ne faut pas brusquer la parole qui est attente, patience, humilité. Ecrire c’est souvent avancer dans la nuit, à tâtons, « aveugle », jusqu’à ce que « se brise la coquille » qui libère « le petit jour ». Cette lumière est avancée « vers notre éclaircissement » et tentative de résolution du « mystère humain ».

« Fermeture », qui clôt le recueil, évoque avec pudeur la maladie et le combat pour la vie. Malgré les ombres, la lumière intérieure est bien présente. Ainsi peut-on lire : « Plus que jamais, je refuse tout ce qui détruit. » ou « Avec le peu de forces qui te restent / prendre le pari de te reconstruire / un univers / (…) même simple réduit / (…) un simple réduit / à l’essentiel ». L’amour. Qui est là, vibrant, qui « lave les yeux », et fait dire magnifiquement de l’épouse :

« … l’éclat suprême
De ton regard de ton sourire
Tout d’amour et de bonté
Qui m’accompagne et me fait vivre
Depuis bientôt quarante années. »

Jean-Noël Guéno



Une lecture de Georges Cathalo

Ils sont de plus en plus rares les poètes attentifs au monde qui les entoure, discrets sur leur existence et surtout économes de leurs écrits. On ne les rencontre que trop rarement aux sommaires des revues ou dans les catalogues d’éditeurs. C’est donc tout le mérite d’Yves Artufel d’être allé chercher Patrice Angibaud dans sa réserve pour faire paraître un troisième opus chez Gros Textes.
Cette mince plaquette se compose de trois parties complémentaires qui pourraient correspondre au passé, au présent et au futur. « Retour à l’arbre initial » est un coup d’œil nostalgique sur une enfance campagnarde où l’on retrouve « la petite musique du passé / Qui affleure / Dans l’aujourd’hui ». Les allées traversières tranchent dans la mémoire « comme si par un jeu de miroir / Tout le passé et la détresse des lieux / Venaient de se figer dans son regard ». Marcher, marcher encore en distançant les souvenirs pour parvenir au présent tentaculaire. On y retrouve la protection mentale de quelques amis, la réflexion sur la création poétique, l’amer constat d’une faillite technologique, le sinistre à-quoi-bon qui pointe son nez et surtout la présence rassurante d’une compagne aimante et douce.
Mais Patrice Angibaud se fixe des consignes : « N’en dis pas trop : / Notre époque n’a que faire de l’émotion ». Quant à Fermeture, la troisième partie, elle résonne comme l’allusion à un futur incertain car une grave maladie brouille l’avenir avec « l’angoisse et la panique, / vécues quotidiennement », même s’il faut « te dire que jamais / Rien n’est vraiment / Perdu » et qu’il faut décider fermement de reconstruire un univers avec le peu de forces qui demeurent.

Georges Cathalo



mercredi 11 avril 2018, par Jean-Noël Guéno

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Patrice Angibaud :
« Avant que ne se ferme le paysage  »



64 pages, 6 euros
Ed. Gros Textes
(Fontfourane, 05380 Châteauroux-les-Alpes)



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