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Bruno Doucey

L’écrivain est aussi éditeur

Le succès des éditions bruno doucey

Bruno Doucey réussit l’impossible : ses livres sont visibles dans toutes les librairies qui accueillent la poésie. Vérifiez par vous-même, à Paris par exemple : du temple de la littérature Tschann à la bohème Lucarne des Écrivains, en passant par Gibert Joseph, Compagnie ou L’Écume des Pages, ce nouvel éditeur indépendant est le seul à être présent systématiquement. De quoi rendre jaloux Gallimard.



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Bruno Doucey en lecture à Sète
Photo ©Murielle Szac

Bruno Doucey connaît la nécessité vitale du diffuseur et du distributeur, et sait s’allouer les services de prestataires excellents (le diffuseur-distributeur harmonia mundi), ce qui est une gageure en poésie. Comme son nom l’indique, le diffuseur est celui qui annonce et fait connaître le livre au libraire (ensuite, le distributeur fournit le livre). Certains éditeurs, après avoir connu des déboires en la matière (un diffuseur cher payé, sans résultat), y renoncent, s’auto-diffusent et s’auto-distribuent. Ils sont alors assez démunis pour affronter deux obstacles propres à notre époque et à notre pays. D’une part, la poésie n’est pas assez visible dans les médias pour que le lecteur puisse avoir une idée des livres parus. D’autre part, de plus en plus de libraires ne commandent plus les livres, quand le client les demande – par « manque de temps », m’expliquent certains, parce qu’ils craignent que l’éditeur auto-distribué soit « trop long à réagir », ou parce que « le titre n’est pas référencé dans notre banque de données ».
Bruno Doucey a donc fait les bons choix. Il vient de l’enseignement et du monde des lettres, et, surtout, il a dirigé les éditions Seghers. Il en est renvoyé en 2009. La traversée du désert se fait au pas de course. En moins d’un an, il revient avec quatre ouvrages, deux semaines avant la manifestation du Marché de la Poésie, allié sûr, et lance ainsi, en mai 2010, sa propre maison d’édition, qui porte son nom : les éditions Bruno Doucey.

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Un catalogue déjà bien étoffé...

Un métier qu’il connaît bien

Éditeur, c’est donc un métier qu’il connaît mieux que personne. Sa politique en ces temps de crise : des livres à moins de quinze euros, des éditions bilingues, dans un format poche et une couverture aux couleurs vives immédiatement identifiables, avec des auteurs prestigieux pour lancer le catalogue – tout en faisant une place aux premiers recueils.
Il est devenu incontournable dans les grandes manifestations poétiques, en publiant les poètes sollicités, avec une large ouverture sur l’international. Sa maison connaît le succès en un temps record, vu le nombre de livres publiés qui grossit à vive allure (une trentaine en deux ans). Il a la bonne stratégie, l’équipe efficace, le combat militant, les slogans qui font mouche et qu’il fait imprimer sur des badges distribués dans les salons.

Une sensibilité d’auteur

Il est auteur lui-même, publiant prose et poésie. En prose, il a la tendresse de Daniel Pennac qui écrit pour redonner envie de lire aux enfants. En poésie, il célèbre la fraternité, par exemple en s’adressant ici à Jean Métellus :

« Toi qui portes mémoire des travaux de la main
des fonds de cale souillés de peurs humaines
du cri arraché aux chevilles pour le vesou des cannes
aide-nous à porter l’eau de la poésie (…) »

(« Lettre à Jean Métellus », in « Phœnix » n°6, juin 2012)

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photo © Setka Film

C’est peut-être cette sensibilité d’auteur qui en fait un éditeur hors norme, qui a envie d’entrer sous les feux de la scène en tant qu’éditeur, et qui, en même temps, aime le combat militant du poète en petit comité associatif, et propose lectures et rencontres, avec son association ouverte à tous, La Presqu’île.

On a besoin de la poésie gribouillée sur les coins de table, publiée dans les fanzines comme dans la collection blanche et les livres d’artistes. On a besoin de tous les éditeurs de poésie : les marginaux, les mystiques, les passionnés, les anarchistes, les petits et les gros, ceux qui s’imposent dans la cour des grands. Un éditeur qui s’impose, c’est toute la poésie qui est en marche. Que peut-on souhaiter à cette maison d’édition qui a déjà tout ? On lui souhaite de lancer une revue de poésie. Car une revue a besoin des poètes bien sûr, mais aussi de l’éditeur, celui à qui les poètes peuvent dire : « Aide-nous à porter l’eau de la poésie ! »

Françoise Siri



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Invité de la revue Phoenix 19



mercredi 17 octobre 2012, par Françoise Siri

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Bruno Doucey

Bruno Doucey, né le 3 mai 1961 dans le Jura français, est poète et prosateur. Il a débuté sa carrière comme professeur de français dans le secondaire, avant de devenir formateur en I.U.F.M. Auteur de nombreux ouvrages à destination des enseignants, il mène une réflexion sur la pédagogie de la poésie à l’école.
Il est également l’auteur d’anthologies, de récits et de poèmes qui ont accompagné des expositions de peinture en France et à l’étranger, et maître d’œuvre du Livre des déserts (Robert Laffont, 2006). Il a dirigé les éditions Seghers de 2003 à 2009. Actuellement installé à Paris, il fonde, en mai 2010, sa propre maison d’édition, les éditions Bruno Doucey, qui ont déjà publié une trentaine de titres.

L’éditeur


Site de la maison d’édition (bien fourni, avec notamment le catalogue, l’historique, les coordonnées de l’Association des Amis des Éditions Bruno Doucey, La Presqu’île) : www.editions-brunodoucey.com

L’écrivain (extraits de la bibliographie)

Poésie
Oratorio pour Federico Garcia Lorca et autres poèmes (CD), textes et voix Bruno Doucey, guitare andalouse Pedro Soler, éditions sonores Sous la lime, 2011
Les Volcans de mon île, avec des gravures d’Ester, livre d’artiste, 2011
Oratorio pour Federico Garcia Lorca, avec des œuvres de Robert Lobet, livre d’artiste, éditions de la Margeride, 2011
La Neuvaine d’amour, Les Écrits des Forges / L’Amandier, Québec, 2010
Bien loin des pierres éboulées, in Lèvres urbaines, Écrits des forges (Québec), 2010
Sur un chemin kanak, avec des œuvres de Robert Lobet, livre d’artiste, éditions de la Margeride, 2010
Embrasures (CD), poèmes de Bruno Doucey lus par l’auteur, Céline Liger et Claude Aufaure, éditions sonores Sous la lime, 2008
Poèmes au secret, Le Nouvel Athanor, 2006, réed. 2008. Prix de la SGDL 2007, préface de René Depestre.

Récits
L’Aventurier du désert, illustrations Jean-Michel Charpentier, photographies Jules Jacques, Éditions Élytis, Bordeaux, 2010
La Cité de sable (nouvelles), éditions Rhubarbe, 2007 (traduit en espagnol)
« Paristanboul » (nouvelle), Fantômes du jazz, Les Belles Lettres, 2006
Jeunesse
Enfantaisie – Poèmes à lire et à entendre, livre-disque (en collaboration avec Christian Poslaniec), éditions Sous la lime, 2012
« S.P.T.C. 22 » (nouvelle) in Non à l’individualisme (avec Gérard Dhôtel, Nimrod, Maria Poblète, Elsa Solal, Murielle Szac), Actes Sud Junior, coll. « Ceux qui ont dit non », 2011
Théodore Monod, un savant sous les étoiles (illustrations de Zaü), À dos d’âne, coll. « Des graines et des guides », 2010
Federico Garcia Lorca, non au Franquisme (roman), Actes Sud Junior, coll. « Ceux qui ont dit non », 2010
Victor Jara, non à la dictature (roman), Actes Sud Junior, coll. « Ceux qui ont dit non », 2008 (traduit en portugais, coréen et catalan), co-lauréat du prix des Droits de l’Homme, 2009
Moïse (roman), Retz, (traduit en espagnol), 2001

Essai
Le Livre des déserts, itinéraires scientifiques, littéraires et spirituels (direction d’ouvrage), Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2006


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