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Progreso Marin

La mémoire à vif des exilés espagnols

Toulousain, enfant de l’exil des républicains espagnols, auteur du remarqué « Dolorès, une vie pour la liberté », Progreso Marin a consacré de nombreux ouvrages à cette mémoire toujours à vif de la Retirada, des camps, de l’exil et de la lutte.
Mais il est aussi poète et a publié « Herbier des jours ».



« Exilés espagnols, la Mémoire à Vif »

Il a fallu à Progreso Marin cinq années de quête, de rencontres souvent très émouvantes, de dialogue et de recueil de témoignages pour élaborer « Exilés espagnols, la Mémoire à Vif », un de ses derniers ouvrages. Une écoute attentive, qui permet certes de recueillir des informations sur ces terribles moments de la défaite, de la fuite et de l’exil, puis du passage de la frontière et du marquage dans les camps d’internement français, mais qui permet aussi de reconstituer des destins individuels, une multitude d’histoires d’exil et d’intégration, de traumatismes, d’injustices et de solidarité et, malgré tout, d’envie de vivre et de poursuivre la lutte (notamment au sein de la Résistance).
Ainsi, à travers les flash de la mémoire comme des confidences ou de plus modestes anecdotes, des drames prennent corps et prennent vie. De la bataille de l’Èbre à la Libération de la France, de la Retirada aux camps de la mort, de la Résistance aux prisons franquistes, l’ouvrage constitue un panorama de cette époque tragique et de l’odyssée d’un peuple forcé à l’exil. Formé dans cette mémoire, Progreso Marin mêle aussi quelques souvenirs personnels à ceux des personnes interrogées (plus d’une soixantaine), notamment sur les lieux chargés d’histoire, comme le Ciné-Espoir à Toulouse, ville qui fut rappelons-le la capitale de l’exil républicain espagnol. Un livre pour transmettre, qui se veut aussi une ode à la résistance des peuples.

(270 pages. 23 euros. Ed. Loubatières) »

« 1936, luttes sociales dans le Midi »

Violette Marcos est agrégée d’histoire, auteur d’une thèse de doctorat sur le PCF et l’antifranquisme. Progreso Marin, a écrit plusieurs livres sur l’Espagne. En cette année 2006 de commémoration du Front populaire, ils ont conjugué leurs talents pour signer "1936, luttes sociales dans le Midi".
Analysant d’abord la crise des années trente, sociale et politique, les divisons du monde syndical, mais aussi les aspirations unitaires du mouvement ouvrier, les auteurs montrent comment peu à peu les conditions d’une élection du Front populaire ont été réunies. Puis ils évoquent les grandes grèves et les accords de Matignon, avant de donner la parole à des témoins et des acteurs de cette époque qui a marqué durablement l’imaginaire collectif.
Doté d’une riche iconographie, l’ouvrage est axé sur le Midi et la région toulousaine, avec de nombreuses pages consacrées à la Haute-Garonne et aux départements limitrophes. Les témoignages des acteurs locaux de l’époque - militants syndicaux, ouvriers, etc. - donnent à ce livre une dimension de proximité qui confère à la grande Histoire beaucoup de chaleur et de vérité humaine.
Les photographies d’époque, nombreuses, présentent les manifestations qui se succédaient alors, devant la Bourse du travail, rue Alsace, au Capitole, etc. On y découvre les ouvriers bras croisés sur leur poste de travail, poing levé pendant les occupations d’usines (Latécoère, métallurgie) ou le dépôt de la STCRT (bus) que les traminots avaient investi. Mineurs de Carmaux, ouvriers des fours à chaux d’Albi, mais aussi garçons de café de Toulouse y ont toute leur place. Sans parler des portraits et des reproductions d’affiches et de tracts. L’accent est également mis sur les actions de solidarité avec l’Espagne en guerre. Mais aussi sur la joie qui régnait entre grévistes avec la dignité retrouvée. Et sur l’ouverture culturelle que représenta 1936, par exemple à travers l’essor des Auberges de jeunesse, ou la constitution d’une mémoire des luttes partagées toujours vivace.

. Nouvelles éditions Loubatières. 120 pages. 23.50 €

"Ecluse", suivi de "Buée" Editions N & B

La poésie le requiert aussi Progreso Marin, qui lui consacre d’ailleurs une émission régulière sur Radio Mon Païs. Ses vers (libres) de « Ecluse » sont brefs, minimalistes, ses poèmes partant d’une réalité (les écluses, la buée sur les vitres, etc.) développent une métaphore pour livrer en des images rapides un peu de vérité objective et surtout des bribes d’une réalité plus profonde, du sang, de l’inconscient, de la mémoire (« Le passé / pousse / il ne faut / lui céder / que ce qui fait / sève. » Ainsi la parole, comme l’être, « se canalise ».
Se portant « à la rencontre des jours », il ne cède pas au lyrisme pour autant, se méfiant même des apparences (comme cette blancheur du cerisier « avec un air de mariée trop belle » qui ne peut faire oublier que « rôde le deuil ») et préférant saisir des vérités plus secrètes au passage des hirondelles (« traits noirs de l’utopie ») ou dans la maison où « le temps raccourcit sa corne ». L’enfance se glisse aussi dans ces poèmes et, bien sûr, l’Espagne meurtrie avec l’image du père. Mais loin d’engager un repliement, les mots « repoussent l’espace ». Et nous encrent ici bas. A l’instar de « la pompe des rêves » qui n’est pas fuite mais « amorce le réel ».

(88 pages 11 €)

« Herbier des jours »

Cet enfant qui épinglait des papillons sans se douter « qu’il clouait ses jours » est toujours là, comme en filigrane de toutes ces pages et de tous ces poèmes d’un adulte pourtant « marié à l’histoire ». L’homme mûr qui sait que « nous avons asséché / la mangrove / de nos vies » et qui se bat contre le « béton bétonnant » est porteur d’une mémoire collective : une partie de lui-même hante les bords de l’Ebre avec les siens, républicains condamnés à l’exil.
A l’âge où l’on regarde dans le rétroviseur et où les mots « témoignent cependant de l’élan quotidien », l’auteur conserve néanmoins « le tison / rouge / de l’enfance / enfoncé / dans la chair » et certaines évocation, comme la boîte à photos, font parfois se serrer le cœur. C’est bien contre « l’enfouissement du temps » qu’il rameute les souvenirs, ceux qui le ramènent à la gare de Ripoll, du côté de Port-Bou ou de La Franqui. La relation de l’être au monde se construit aussi sur ce dialogue des paysages intérieurs et de l’histoire que Progreso Marin ne cesse de raviver.

(Editions N&B. 92 pages. 12 euros)



Michel Baglin



dimanche 21 juin 2009, par Michel Baglin

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Progreso Marin

Né à Toulouse, de parents exilés républicains, Progreso Marin s’est fait connaître par les ouvrages qu’il a consacrés à la mémoire de l’exil espagnol. Notamment celui écrit en souvenir de sa mère, « Dolorès, une vie pour la liberté » publié en 2002, aux éditions Loubatières (une version catalane est parue en 2007).
En 2005, « Exil : témoignages sur la guerre d’Espagne, les camps et la Résistance au franquisme » , a poursuivi dans cette voie pour donner la parole à ces "Oubliés de l’Histoire".
Et un de ses derniers ouvrages, « Exilés espagnols, la Mémoire à Vif » (ed.Loubatières) paru en mai 2008, se veut à nouveau un vaste panorama de l’odyssée pour la liberté des Républicains espagnols.

Sensible aux luttes sociales, Progreso Marin a également consacré un livre (en collaboration avec Violette Marcos) au mouvement social de 1936 sous le titre : « 1936 :Luttes sociales dans le Midi » , toujours aux éditions Loubatières (mai 2006).
Mais Progreso Marin est également poète, il a publié un recueil, « Ecluse suivi de Buées  » en décembre 2005 aux éditions N & B et un nouvel ouvrage poétique sous le titre « Herbier des jours ».
Il est décédé durant l’été 2016.

On peut se rendre sur son site : cliquer ici.

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