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Chemins de lectures

Les critiques de Max Alhau 2019



Françoise Siri : « Traversée tango »



C’est un recueil original que celui queFrançoise Siri, poète trop rare, consacre au tango qu’elle a pratiqué pendant une dizaine d’années. Constitué de deux parties, Traversée tango est une réflexion sur cette danse si particulière, avec ses codes, ses rythmes et ses danseurs. Une danse certes née en Argentine mais qui s’est infiltrée aussi en France et surtout à Paris. Dans la première partie, la présentation du tango et de ses contraintes donne l’occasion à Françoise Siri de rappeler Verlaine et son goût pour l’impair car : « Le bal, c’est 2+ 1 / un couple et un tiers qui attend / à partir de là, le bal peut "tourner˶ ». De Buenos Aires à Paris, tel est le lot des danseurs qui s’essaient au tango : « dans l’arrière-salle d’un bistrot parisien / à côté des billards / des guirlandes électriques entouraient deux portraits de Gardel ».
Pour que resurgisse le tango, pour que l’atmosphère soit restituée, il suffit de repasser un ancien film qui lui soit consacré : « En trois minutes ta vie défile / comme l’éclair avant la mort / C’est le temps du tango / histoire courte / minimale » C’est cette histoire que Françoise Siri raconte sobrement mais avec une force dans l’expression de la réalité et celle des sentiments.
La nostalgie imprègne ces poèmes à l’image de cette danse qui traverse les temps non sans laisser des traces : « Fantômes des pistes / les anciennes reines du bal / tournent leur mantille sombre / sur les sanglots du bandonéon ». Françoise Siri connaît l’impatience de la danseuse se rendant au bal : « Elle court dans la rue / chaussures dans le sac / Elle puise sa force dans le sol / se lâche et rebondit / en attendant le métro ». Mais ce sont surtout dans ce rituel les sentiments qui traversent les danseurs, le désir, la sensualité qui les imprègnent : « Vogue la musique à quatre temps / qui ravive le rêve d’enfant : / l’homme aimé de toutes les femmes / la femme désirée par tous les hommes ».
Le tango est quête de la beauté mais aussi la fuite du temps que Françoise Siri exprime dans ces poèmes d’une belle nostalgie portée par cette danse et entretenue par son rythme : « Combien de fois nous reviendrons tous / nous les danseurs / pour boire le mirage qui s’enfuit ». Parfois ce sont des souvenirs tragiques qui renaissent avec les notes remontées à travers le temps : « au tango tous viennent / sans visage sans passé / sur ton sein pressé / sans savoir qui des militaires / des assassins / des innocents ». Cette promenade à travers l’histoire, Françoise Siri la livre avec force et justesse, elle dit les périls auxquels s’exposent danseurs et danseuses de ce redoutable tango qui met en jeu tous les sentiments : « tu te jettes en pâture sur la piste / retiens-toi de danser à tout prix sinon / les mauvais danseurs te feront la peau ». Grâce à une écriture qui cerne au plus près la réalité, rien n’est omis des pouvoirs du tango ou de la milonga dont Françoise Siri connaît les conséquences : « on voudrait tant que ce soit l’amour mais c’est le mur / la mort / qui se prononce amour ».
Tango, milonga, danses mythiques qui secouent la vies des humains, qui rythment les vies, c’est cela que Françoise Siri évoque dans ce mince livre aux résonances infinies, aux poèmes empreints de réalisme et de nostalgie mais toujours d’une justesse remarquable, un livre qui entraîne le lecteur dans un univers qui continue de le faire rêver au plus près de la réalité.

(Françoise Siri : « Traversée tango » Rafaël de Surtis, 15 € ).


Lire aussi l’article de M. Baglin.

Max Alhau



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Choix de poèmes



jeudi 3 janvier 2019, par Max Alhau

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Sa biographie

Max Alhau est né le 29 décembre 1936 à Paris.
A u cours de son service militaire, il rencontre Gérard Le Gouic).
Reprend des études de lettres à Paris puis à Toulouse, Licence, D.E.S. consacré à Alain Borne sous la direction de Michel Décaudin. C.A.P.E.S. de Lettres modernes.
Il enseigne dans la banlieue parisienne puis au C.N.E.D. de Rennes. En 1982, sous la direction de Michel Décaudin, thèse de doctorat : Gabriel Audisio, un écrivain méditerranéen.
Son temps se partage entre voyages, écriture, traductions de l’espagnol de quelques poètes et participation à plusieurs revues.


Sa bibliographie

Poésie :

Le Jour comme un ressac, Guy Chambelland, 1964,
Le Pays le plus haut, Guy Chambelland, 1966,
Le Temps circule, Subervie, 1968, Prix Voronca,
Itinéraire à trois pronoms, Guy Chambelland,
L’Espace initial, Guy Chambelland, 1975,
Trajectoire du vent, Brandes, 1979,
Passages, Rougerie, 1980,
Les Mêmes lieux, Rougerie, 1982,
L’Instant d’après, Brandes, 1986,
Ici peut-être, Rougerie, 1987,
L’Inaccompli, Sud, 1989,
D’un pays riverain, Rougerie, 1990,
Sous le sceau du silence, Rougerie, 1995, Prix Artaud,
Le Fleuve détourné, L’Arbre à paroles, 1995,
Le Bleu qui précède la nuit, L’Arbre à paroles, 1998,
Cette couleur qui impatiente les pierres, Voix d’encre, 1998,
Ocre, La Porte, 2001,
Interroger la terre, La Porte, 2002,
Á la nuit montante, Voix d’encre, 2002,
Nulle autre saison, L’Arbre à paroles, 2002,
Nommer la nuit, La Porte, 2003,
Horizons et autres lieux, Encres vives, 2004,
Proximité des lointains, L’Arbre à paroles, 2006, Prix Charles Vildrac de la S.G.D.L.
D’asile en exil, Voix d’encre, 2007, Prix Georges Perros.
Du bleu dans la mémoire, Voix d’encre, 2010.
Aperçus - Lieux - Traces, éditions Henry, 2012.
Le temps au crible, L’herbe qui tremble, 2014.

Nouvelles :

Le Chemin de fer de petite ceinture, Le Temps qu’il fait, 1986,
La Ville en crue, Amiot-Lenganey, 1991, Grand prix de la nouvelle de la S.G.D.L.
La Falconnière, Editinter, 2000,
Une ville soudain désertée, Editinter, 2004,
L’État de grâce, Le Petit Pavé, 2009.
Ailleurs et même plus loin, éditions du Revif, 2012

Prose :

Retour à Lisbonne, Tertium éditions, 2007.



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