Retour à l’accueil > Auteurs > MANKELL Henning > Les débuts de Kurt Wallander

Henning Mankell

Les débuts de Kurt Wallander

« Meurtriers sans visage » & « Les Chiens de Riga »

Best seller n’est pas toujours synonyme de littérature commerciale. Henning Mankell, l’écrivain suédois, en est la preuve, qui avec sa série policière mettant en scène son commissaire Wallander, s’est forgé une renommée mondiale. Ses romans valent autant par la qualité de leur narration et le regard aigu sur la société contemporaine dont ils témoignent que par leur intrigue, généralement très prenante.



« Meurtriers sans visage »


On m’avait parlé de Mankell (chacun de ses livres trouve ses deux millions de lecteurs !), l’auteur suédois de polar mondialement reconnu. J’ai commencé par le premier de la série mettant en scène Kurt Wallander, inspecteur au commissariat d’Ystad, en Scanie : « Meurtriers sans visage » .
Le roman s’ouvre sur le sauvage assassinat d’un couple de vieux paysans dans leur ferme. Avant de mourir, la vieille femme murmure le mot « étranger ». Ce qui va réveiller la xénophobie de certains, mettre le feu aux camps de réfugiés où un Somalien sera abattu par des nationalistes extrémistes, et bien sûr brouiller les pistes…
On se laisse sans problème porter au fil d’une enquête tatillonne à multiples impasses et rebondissements, mais j’avoue avoir été surtout séduit par la narration, son rythme lent, la manière dont Mankell fait évoluer, penser et dialoguer ses personnages, son héros « ordinaire », flic divorcé et dépressif, son ami et collègue Rydberg et d’autres êtres, tous incarnés. J’aime que l’auteur fasse notamment diversion avec des anecdotes quasi domestiques et moult détails, parfois administratifs, pour mieux ancrer son histoire dans l’épaisseur du quotidien.
Vraiment séduisant, ce roman doit sa tonalité à la vision sombre inscrite en filigrane d’un monde qui se défait : celui d’une Suède accueillante et elle aussi en proie à la peur de l’Autre, mais aussi celui des héros qui éprouvent une sorte de sentiment d’exil. Ainsi en va-t-il de Wallander qui perd le contact avec sa fille comme son père l’a perdu avec lui.

« Les Chiens de Riga »


Le second roman de la série, « Les Chiens de Riga » , curieusement, a paru tardivement en France (2003) alors qu’il a été publié en Suède en 1992, juste après « Meurtriers sans visage », et qu’il est très connoté historiquement avec l’effondrement de l’URSS.
Deux hommes sont retrouvés morts sur un canot échoué sur une plage de Scanie. Kurt Wallander est chargé de l’affaire. Parce qu’il semble que le canot provienne de Lettonie, un des trois pays baltes alors en ébullition, Kurt Wallander part enquêter à Riga. C’est ensuite un inspecteur letton, le major Liepa, un gros fumeur taiseux et assez énigmatique, qui arrive en Suède pour poursuivre les investigations aux côtés de Wallander. Mais à son retour en Lettonie, Liepa est assassiné. Ses collègues demandent l’aide de Wallander qui retourne donc à Riga d’abord pour une enquête officielle, puis clandestine après qu’on ait souhaité son départ.
L’histoire se déroule en effet après la chute du Mur de Berlin et au moment de la dislocation du bloc soviétique, alors que la police lettone est encore sous la coupe des Russes mais que de nombreux Lettons croient à l’indépendance prochaine de leur pays. Le livre prend ainsi un air de roman d’espionnage, avec des implications politiques et l’ambiance glacée des derniers moments de la Guerre froide.
Wallander découvre très vite que le major Liepa, dont l’estime qu’il lui a inspirée fut réciproque, était un policier incorruptible et qu’il a été tué pour cette raison, probablement par un de ses collègues maffieux. Il fait connaissance de sa veuve, Baïba, dont il tombe amoureux et qu’il va tenter d’aider en retrouvant les assassins de son mari. Les rebondissements de l’enquête clandestine s’enchaînent alors dans une atmosphère oppressante, au cœur des nouveaux réseaux de la maffia de l’Est.
Un roman solide, emblématique de la série et de l’art de Mankell.

Michel Baglin



vendredi 28 septembre 2012, par Michel Baglin

Remonter en haut de la page

Henning Mankell


Henning Mankell est né le 3 février 1948 à Stockholm, en Suède. Il a grandi à Härjedalen et a été élevé par son père. D’abord auteur dramatique, il s’est fait connaître internationalement par la série de ses romans policiers mettant en scène le commissaire Kurt Wallander, un policier aux états d’âme désenchanté et au regard politique sur une société en mutation. Il partage sa vie entre la Suède et le Mozambique où il réside une partie de l’année et où il anime une troupe théâtrale.
L’attrait de ses romans tient à sa manière de raconter, dans le détail, le quotidien de certains de ses personnages, dont son commissaire dépressif. La psychologie ici est en effet importante, sans pour autant que l’intrigue ni les atmosphères en pâtissent : Mankell maitrise parfaitement l’art de construire un roman sur plusieurs plans, où l’histoire sociale et politique se mêle à l’enquête et aux destins individuels.

La Série Wallander


• Meurtriers sans visage (1991),
• Les Chiens de Riga (1992),
• La Lionne blanche (1993),
• L’Homme qui souriait (1994),
• Le Guerrier solitaire (1995),
• La Cinquième Femme (1996)
• Les Morts de la Saint-Jean (1997)
• La Muraille invisible (1998)
• Avant le gel (2002)
• L’Homme inquiet (2009)



Lire aussi :

Henning Mankell : « Meurtriers sans visage » (Michel Baglin) Lire

Henning Mankell : « Les Chiens de Riga » (Michel Baglin) Lire

Henning Mankell : « La lionne blanche » (Michel Baglin) Lire

Henning Mankell : « L’Homme qui souriait » (Michel Baglin) Lire

Henning Mankell : « Le guerrier solitaire » (Michel Baglin) Lire

Henning Mankell : « La cinquième femme » (Michel Baglin) Lire

Henning Mankell : « La Muraille invisible » (Michel Baglin) Lire


-2017 Revue Texture Contact | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0