Alain Lacouchie

Quelques poèmes

Alain Lacouchie est auteur essentiellement de poèmes et a publié une trentaine de recueils ou plaquettes. Il collabore à de nombreuses revues et rédige aussi des critiques. Il m’a confié quelques poèmes, que voici.



Alain Lacouchie a été professeur d’anglais et est aujourd’hui retraité. Curieux, il est passionné par les voyages et l’histoire, mais aussi le théâtre (après avoir été membre d’une troupe pendant une dizaine d’années, il a lui-même fondé son propre groupe, composé alors d’une vingtaine d’adultes), la photo (il a de nombreuses expositions à son actif), le dessin et, bien sûr, la poésie.
Auteur d’une trentaine de recueils, dont il a illustré la plupart (il a aussi orné plusieurs ouvrages d’autres auteurs), il traduit ses déceptions face à une humanité à la dérive, ses angoisses et sa révolte. Dans sa préface à « Ecorché Vif et Cris », Jean Joubert, Prix Renaudot et prix Mallarmé, conclut : « De la même plume, de la même encre, dirait-on, il nous parle des turbulences du monde, de l’angoisse, de la solitude, de la mort, mais aussi de l’indispensable espérance. "La seule vérité de la vie, affirme-t-il, c’est de survivre pour transmette la vie". Et aussi, bien sûr, de trouver des mots pour le dire… Une poésie ouverte, poésie vivante entre tragique et ferveur ».
Alain Lacouchie est également secrétaire des éditions « Le Vert Sacré » animées par Jean-Claude Valin à Angoulême. Président du Centre d’Action Poétique de Saint-Yrieix la Perche qui abrite en son sein « Friches, Cahiers de poésie verte », revue fondée par Jean-Pierre Thuillat à laquelle il collabore activement. Membre des éditions « Fondencre », dirigées, depuis Paris, par Philippe Biget.
Membre de la « Commission Création » et du conseil d’administration du Centre Régional du Livre en Limousin (Limoges).

Quelques poèmes


Cours, fuis, agrippe la vie.
Tombe et crie !
Tambour tonitruant dans mes jours
hors d’haleine,
tambour à toute vitesse,
hurle viscères et racines :
le vacarme dru des horloges
taillade mon temps
jusqu’à l’exsangue.

T’arrachent les yeux,
te violent, te cassent et t’encagent :
Ils abhorrent ta différence, qui les effraie
comme à culbuter dans le vide.
Pourquoi l’intolérance est-elle encore en armes ?

Elle sert à produire des garçons.
Elle sert à tout, elle sert à tous.
Gorgée de ses vingt ans,
saturée de vie et de sang,
elle n’est plus qu’un oiseau désaccordé,
perché sur une suite d’instants.
Sa vie n’est qu’une terre sèche.

Ça crie, ça rit, ça tue :
la meute régurgite son magma
de haine sur un homme à terre.
Ça pique, ça perce, ça crève :
la foule s’engouffre de rage
et ses humiliations s’ouvrent en rouge,
s’égorgent de sombres
où, seule, miroite la mort :
la violence vide la peur de ses gravats.
Qu’avons-nous fait de l’homme ?

Grenade explosée à son corps violé, les brûlures
dans son présent l’impatientent d’une vie à l’envers.
Elle est un oiseau mécanique qui grince de rouille
et se vide d’errances à ses nuits délavées,
à son avenir gluant qu’habitent déjà ses pleurs.
Elle n’avait pas choisi de jouer à la roulette russe.

Visages violents et souffles vénéneux,
ils ont renversé le désert sur le jardin en fleurs
de liberté qu’elles avaient imaginé pour y danser.
A coups de pelles, à coup de pierres,
ils ont claqué la mort sur le désir de vivre
de ces adolescentes chamarrées.
Prisonniers de leurs peurs, ils n’ont,
comme langage, que leur dieu dans la mort.

Donne-lui quelqu’un à aimer :
Elle n’est qu’un filet d’eau tragique
jeté dans le soleil.
Elle a peur de tomber
dans les voix râpeuses de la nuit ;
elle a peur de cette solitude de lierre
qui plie sous le cri lancinant des mouettes.
Elle a peur du froid échoué
sur un temps qui l’asphyxie.


Cours, fuis, agrippe la vie.
Tombe et crie !
Tambour tonitruant dans mes jours
hors d’haleine,
tambour à toute vitesse,
hurle viscères et racines :
le vacarme dru des horloges
taillade mon temps
jusqu’à l’exsangue.

La vie s’en fout ; la vie s’enfuit : elle laisse
les yeux trop fixes de ton enfant à la mort.
La vie s’en fout ; la vie s’enfuit : elle laisse
le ventre trop dilaté de ton enfant à la mort.
Elle te laisse sur une paillasse avec la mort
de ton enfant, et un chien halluciné qui geint.

Je suis cadavre somptueux
comme une horloge à l’abandon.
Mes nuits tournent à vide
dans le froissement des tôles et des heures.
Au fil des jours, mes jours se balancent
comme des pendus.
Pour solde de tout compte.


vendredi 20 novembre 2009

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Alain Lacouchie

Bibliographie

BANAL, COMME D’UN PIGEON, (Clapàs)
D’ECLATS ET D’OUBLIS, (Clapàs)
ENTROUVERT ENTREVU, Poème et dessins (Clapàs)
DERIVES ET DES ROUTES, éphéméride. Textes et illustration (L’Harmattan)
DE TEMPS A L’AUTRE, INCERTAIN Textes et illustrations (Editinter)
EN TROMPE L’ŒIL, carnet de nous, Poèmes et dessins (Le Poémier de Plein Vent)
FLORENCE, EN TOUS SENS (Encres Vives).
FRIABLE OU RONDE, Poèmes et dessins (Encres Vives)
IL OU L’AUTRE Poèmes et dessins (Encres Vives)
ILS, ET A SUIVRE… Poèmes et dessins (Portes Ferrées)
IMPASSE ET MANQUE. Poèmes et illustrations (Editions Le Poémier de Plein Vent, Bergerac, 24)
INSTANTS BIEN QUE MAL Illustration de Martin Faynot, plasticien (Cahiers de Poésie Verte)
JULES DE JR., Histoires à délirer debout, textes et (Encres Vives)
LES RAPACES, Préface J. Rouffanche, et illustration de Noël Myles (Hautécriture)
LUI OU MOI Poèmes et dessins (Encres Vives)
MELLIFLUE Poèmes et dessins sur la femme (Le Poémier de Plein Vent)
MES AUJOURD’HUIS CLOS, Poème de présentation de Jean-Claude Valin, et illustration de Henri L. Lacouchie, peintre (Cahiers de Poésie Verte)
NATURES MORTES A DEUX VOIX, Poèmes et dessins (Encres Vives)
NON-IDENTIFIE, AUTOPORTRAIT, Textes et illustration ( L’Harmattan)
PETITS JOURS A MAINS NUES, Courts poèmes et illustrations (Encres Vives)
RIMAGES ET MAGIE Textes, dessins et jeux (Clapàs)
S’APAISER, ANONYME, Poèmes et dessins (Encres Vives)
SPECIAL ALAIN LACOUCHIE, N°310 Témoignages sur l’auteur (Encres Vives)
VIOLONS D’ELLES, Nouvelles et illustration (Encres Vives)

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