Tombe et crie !
Tambour tonitruant dans mes jours
hors d’haleine,
tambour à toute vitesse,
hurle viscères et racines :
le vacarme dru des horloges
taillade mon temps
jusqu’à l’exsangue.
*
te violent, te cassent et t’encagent :
Ils abhorrent ta différence, qui les effraie
comme à culbuter dans le vide.
Pourquoi l’intolérance est-elle encore en armes ?
*
Elle sert à tout, elle sert à tous.
Gorgée de ses vingt ans,
saturée de vie et de sang,
elle n’est plus qu’un oiseau désaccordé,
perché sur une suite d’instants.
Sa vie n’est qu’une terre sèche.
*
Ça crie, ça rit, ça tue :
la meute régurgite son magma
de haine sur un homme à terre.
Ça pique, ça perce, ça crève :
la foule s’engouffre de rage
et ses humiliations s’ouvrent en rouge,
s’égorgent de sombres
où, seule, miroite la mort :
la violence vide la peur de ses gravats.
Qu’avons-nous fait de l’homme ?
*
dans son présent l’impatientent d’une vie à l’envers.
Elle est un oiseau mécanique qui grince de rouille
et se vide d’errances à ses nuits délavées,
à son avenir gluant qu’habitent déjà ses pleurs.
Elle n’avait pas choisi de jouer à la roulette russe.
*
ils ont renversé le désert sur le jardin en fleurs
de liberté qu’elles avaient imaginé pour y danser.
A coups de pelles, à coup de pierres,
ils ont claqué la mort sur le désir de vivre
de ces adolescentes chamarrées.
Prisonniers de leurs peurs, ils n’ont,
comme langage, que leur dieu dans la mort.
*
Donne-lui quelqu’un à aimer :
Elle n’est qu’un filet d’eau tragique
jeté dans le soleil.
Elle a peur de tomber
dans les voix râpeuses de la nuit ;
elle a peur de cette solitude de lierre
qui plie sous le cri lancinant des mouettes.
Elle a peur du froid échoué
sur un temps qui l’asphyxie.
*
Tombe et crie !
Tambour tonitruant dans mes jours
hors d’haleine,
tambour à toute vitesse,
hurle viscères et racines :
le vacarme dru des horloges
taillade mon temps
jusqu’à l’exsangue.
*
les yeux trop fixes de ton enfant à la mort.
La vie s’en fout ; la vie s’enfuit : elle laisse
le ventre trop dilaté de ton enfant à la mort.
Elle te laisse sur une paillasse avec la mort
de ton enfant, et un chien halluciné qui geint.
*
Je suis cadavre somptueux
comme une horloge à l’abandon.
Mes nuits tournent à vide
dans le froissement des tôles et des heures.
Au fil des jours, mes jours se balancent
comme des pendus.
Pour solde de tout compte.

