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Abdelkader Djemaï

« Un moment d’oubli »

Né à Oran en 1948, Abdelkader Djemaï vit en France depuis 1993. Cet ancien journaliste a publié une quinzaine de livres, essentiellement des romans, mais aussi des nouvelles et des essais. Le dernier en date, « Un moment d’oubli », raconte la lente perdition d’un quinquagénaire qui se clochardise pour congédier sa vie passée.



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Abdelkader Djémaï en discussion avec Jean-Yves Reuzeau, directeur des éditions du castor Astral (Photo MB)

Le dernier roman d’Abdelkader Djemaï, « Un moment d’oubli » , reste tout à fait dans sa manière : sûre, sans pathos, efficace. Mais attentive à ces détails qui sont la vie même et entraînent l’adhésion - pour ne pas dire la complicité - immédiate du lecteur.
Comme dans ses autres romans, c’est un homme simple qu’il choisit pour personnage principal. Dans « Le Nez sur la vitre » , un père partait à la recherche de son fils qui ne répondait plus à ses lettres et son long voyage en autocar était le mode privilégié pour raconter une existence humble et blessée. Cette fois encore, la paternité est en question, et douloureuse, mais on ne le sait que tardivement. Car l’essentiel de ce court roman est consacré à l’exposition d’une déchéance, celle de ce Jean-Jacques Serrano devenu Sdf et que le narrateur tutoie : « Personne ne sait ton nom ni d’où tu viens. (…) Tu n’es qu’un fantôme, une silhouette morte, une ombre creuse qui se traîne sur les trottoirs de S… »

Amarres rompues

Cet homme dont on comprend sans mal qu’un événement dramatique l’a détruit psychologiquement, est arrivé quasiment par hasard dans cette ville où il dort sous les porches et sur les trottoirs, étant descendu du train dans cette gare comme il aurait pu le faire dans une autre, simplement parce qu’en passant sur un viaduc, il a ressenti comme un vertige que l’on devine suicidaire. Mais cet homme, bien sûr, fuyait déjà, ayant rompu toutes les amarres avec sa vie antérieure.
Djemaï nous raconte la dérive sans espoir d’un quinquagénaire errant sans papiers et sans but dans une ville indifférente, et, dans le même temps, par petites touches, esquisse des portraits de ceux qui furent ses proches, sa femme, son fils, ses parents, assemblant lentement les éléments d’un puzzle qui dessine une histoire dont seules les dernières pages livrent le clef. C’est presque une structure de roman policier qui nous tient en haleine dans une ambiance de pluie, trouée de quelques souvenirs lumineux qui donnent chair au personnage principal et à son chagrin si prégnant.

Michel Baglin




Abdelkader Djemaï

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Photo éd du Seuil. DR.

Abdelkader Djemaï est né en Algérie, à Oran, en novembre 1948. Il fait un bref passage dans l’enseignement avant de devenir journaliste, collaborant à de nombreux périodiques algériens. Il vit en France depuis 1993.
Djemaï, qui a publié de nombreuses nouvelles dans la presse et des revues algériennes et internationales est surtout un auteur de romans, de récits de voyage, mais aussi de pièces de théâtre.
Il a commencé par des poèmes publiés dans des journaux à Oran, puis a écrit « Saison de pierres » , un roman inspiré par le séisme d’El Asnam en 1980. Bien des livres ont jalonné depuis le parcours de cet auteur tombé amoureux de la langue française à 14 ans et qui l’a choisie pour son œuvre. Il est aujourd’hui un écrivain reconnu, a reçu le Prix Découverte Albert Camus et le Prix Tropiques pour « Un été de cendres » et a été nommé chevalier des Arts et des Lettres.



Lire aussi :

« La vie (presque) vraie de l’abbé Lambert »

« Histoires de cochons »

« Zorah sur la terrasse »

« Un moment d’oubli »

« Pain, Adour et fantaisie »

Djémaï sur les traces des écrivains



mardi 24 novembre 2009, par Michel Baglin

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Abdelkader Djemaï,
« Un moment d’oubli »
Seuil
(95 pages. 13 euros)

Bibliographie

Saison de pierres, ENAL, 1986.
Un été de cendres, Michalon, 1995 - Prix Découverte Albert Camus et prix Tropiques.
Camus à Oran, récit, Michalon, 1995.
Sable rouge, Michalon, 1996
31, rue de l’Aigle, roman, Michalon, 1998 et « Folio » 2000.
Mémoires de nègre, Michalon, 1999 et « Points »
Dites-leur de me laisser passer et autres nouvelles, Michalon, 2000.
Camping, Le Seuil, 2002, Points Poche, 2006.
Gare du Nord, Le Seuil, 2003, Poche, 2006.
Le Nez sur la vitre, Le Seuil, 2004 et « Points ».
Nos quartiers d’été, photographies de Philippe Dupuich, Le Temps qu’il fait, 2004.
Le Caire qui bat (voyage et nature), Michalon, 2006.
Pain, Adour et fantaisie, Ed. Castor Astral, 2006.
La maison qui passait par là, Ed. La Dragonne, 2006
Un taxi vers la mer, photoroman, Thierry Magnier, 2007.

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